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« Malika face à l’urgence urbaine:comment éviter l’impasse »( Libasse Sow économiste)

*Malika face à l’urgence urbaine : Comment éviter l’impasse ?*

Construire une ville ne relève pas de l’improvisation. Cela suppose une vision claire, une lecture fine du territoire et la capacité d’anticiper les mutations démographiques, économiques et environnementales. À Malika, commune en pleine transition urbaine, ces exigences se posent aujourd’hui avec acuité. Entre croissance rapide de la population, pression foncière, vulnérabilité climatique et congestion des voies, la localité est confrontée à un tournant décisif de son développement.
*Un héritage urbanistique fragilisé*
Malika n’a pas toujours été une agglomération dense. Longtemps village de quelques centaines d’habitants, elle se distinguait pourtant par une organisation spatiale remarquable. Les premières rues, larges de 9 à 12 mètres, témoignaient d’une vision rare pour une localité rurale. Cet héritage est notamment attribué à deux maçons visionnaires, Alhousseynou Djiba et Mbaye Ndiomé, qui avaient très tôt compris l’importance d’un urbanisme structuré.
Avec le temps, cette vision s’est progressivement érodée. Des constructions ont empiété sur le domaine public, réduisant parfois la largeur des voies de près de deux mètres. À cela s’est ajoutée une pratique devenue courante : le dépôt de gravats dans les rues, souvent présenté à tort comme un moyen de « stabiliser » le sol. Cette pratique, pourtant interdite par l’article L.24 du Code de l’hygiène publique, a rendu certaines voies imperméables, perturbant le drainage naturel. Les pluies, autrefois facilement absorbées par le sable, provoquent désormais des inondations répétées, accentuant la vulnérabilité de la commune face aux effets du changement climatique. La faiblesse des mécanismes de contrôle et de prévention municipaux n’a fait qu’aggraver cette situation.
*Une urbanisation accélérée sans infrastructures adaptées*
Érigée en commune d’arrondissement en 1996, puis en commune de plein exercice en 2014 avec l’Acte III de la décentralisation, Malika a connu une croissance démographique rapide. À l’horizon 2050, sa population pourrait atteindre 263 000 habitants. Cette dynamique crée de nouveaux besoins en infrastructures, en services urbains et en mobilité.
Les axes routiers, jadis suffisants, sont aujourd’hui saturés. Les embouteillages, autrefois rares, sont devenus fréquents, notamment aux heures de pointe. Cette congestion pèse sur la qualité de vie des habitants, ralentit les activités économiques et pose des enjeux de sécurité. Les déplacements quotidiens deviennent plus complexes, les retards s’accumulent pour les travailleurs et les élèves, révélant les limites d’un urbanisme qui n’a pas suivi le rythme de la croissance.
*Des solutions structurantes pour accompagner la mutation*
Face à ces défis, plusieurs options structurantes méritent d’être mises à l’agenda des autorités locales et nationales.
La première concerne le prolongement de la route de la Sonatel jusqu’au terminus 54 des Parcelles Assainies de Keur Massar. Il ne resterait qu’environ 400 mètres à aménager pour créer un axe alternatif capable de désengorger les voies internes de Malika. Ce projet, qui nécessiterait quelques relogements à conduire avec transparence et compensation équitable, pourrait être porté conjointement par les communes de Malika et de Keur Massar Nord dans le cadre de l’intercommunalité.
La deuxième piste réside dans l’aménagement d’une corniche le long du lac Wouye, du croisement de Malika à Gadaye. Un tel ouvrage permettrait de protéger et stabiliser les abords du lac, de structurer un corridor urbain encore marqué par l’occupation informelle, de fluidifier la circulation et d’offrir à la commune un espace public paysager valorisant. Pensée comme un axe moderne, cette corniche concilierait mobilité, attractivité économique, loisirs et préservation environnementale.
Troisièmement, Malika dispose encore d’une réserve foncière stratégique rare à l’échelle départementale. Cette disponibilité pourrait soutenir l’ambition de faire de la commune le pôle administratif et judiciaire du département de Keur Massar. L’implantation de services départementaux – fisc, tribunal, directions déconcentrées de l’État ou agences techniques – renforcerait l’attractivité de la commune, stimulerait l’économie locale et contribuerait à une valorisation ordonnée du foncier.
Enfin, la création d’un dépôt communal de gravats constituerait une réponse pragmatique aux dépôts sauvages. Cet espace permettrait de collecter, trier et recycler les déchets inertes issus des chantiers. Une partie des matériaux valorisés pourrait être revendue à coût réduit, générant des revenus pour la commune tout en encourageant une gestion responsable des déchets de construction.
*Un choix décisif pour l’avenir*
L’heure n’est plus à l’improvisation. Malika doit renouer avec une planification urbaine rigoureuse, capable d’intégrer les défis climatiques, la pression foncière et les exigences croissantes de mobilité. Le prolongement de la route de la Sonatel, l’aménagement d’une corniche, la promotion d’un pôle administratif départemental et la restauration des emprises publiques offrent un socle solide pour une transformation durable.
L’histoire de Malika montre qu’elle a su, par le passé, anticiper et structurer son espace. Le défi actuel consiste à adapter cette ambition à l’échelle d’une ville en forte croissance. Les décisions prises aujourd’hui façonneront durablement le visage de la commune pour les décennies à venir.

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